
Vizille Capital Innovation
Stocks option, bonus, aides de l’État : les acteurs financiers sont largement montrés du doigt par l’ensemble des parties prenantes de notre société (politiques, partenaires sociaux, consommateurs, entrepreneurs…). Par la gestion et le financement des entreprises, les banquiers occupent une place incontournable dans l’activité quotidienne des PME et PMI.
Comment interviennent-ils ? Quels sont leurs critères de sélections, leurs attentes ? Ont-ils une vision et une volonté d’accompagner les projets à court, moyen ou long terme ?
Dans ce contexte, nous avons voulu donner la parole à l’un de ces derniers, pour qu’il revienne sur les fondements de son métier et qu’il réponde aux diverses accusations dont sa profession fait l’objet.
Pour ce faire, nous avons rencontré Alain Benisty, directeur général de la Banque de Vizille Capital Innovation. Il intervient quotidiennement dans l’accompagnement des premières phases de croissance des entreprises innovantes.
Fiscalité des entreprises, défiscalisations des particuliers, investissement, loi TEPA, ISF, nous lui avons posé toutes les questions d’actualités ?
Interview A. Benisty DG Banque de Vizille Capital Innovation.
Bonjour Mr Benisty, vous êtes un acteur important du secteur privé, pouvez-vous, après vous êtes présenté, nous décrire plus précisément votre domaine d’intervention ?
Alain Benisty(A.B.) : je m’appelle Alain BENISTY, j’ai 49 ans, je suis aujourd’hui, directeur général de la société Vizille Capital Innovation, filiale de la Banque de Vizille, membre du groupe Crédit Mutuel – CIC. Vizille Capital Innovation est une structure de capital venture qui finance les sociétés de technologies dans leur toute première phase de développement.
Vous intervenez essentiellement auprès des PME, quel est votre cœur de cible exactement ?
A.B. : nous nous intéressons aux sociétés de technologie, sociétés qui développent des avantages concurrentiels autour de savoir-faire ou d’une propriété intellectuelle qui leur est propre. Nous cherchons des sociétés qui ont des potentiels de croissance extrêmement forte, y compris à l’international pour atteindre le taux de rendement que nous cherchons.
Êtes-vous focalisés sur des secteurs d’activités précis ?
A.B. : aujourd’hui nous investissons dans les domaines de l’informatique, de l’électronique, des télécoms et de la santé. Nous regardons aussi le domaine de l’environnement que l’on désigne par Clean Tech ou Green Tech mais cela reste encore mineur dans notre activité.
Comment fonctionne une « venture capital » ?
A.B. : le principe est d’investir de l’argent dans une société et d’en devenir copropriétaire en étant actionnaire minoritaire et ensuite d’accompagner cette société pendant un certain temps. Les horizons de placement ne sont pas les même pour toutes les Venture Capitalist. Vizille Capital Innovation a des horizons de placement de 6 à 7 ans en moyenne.
Dans le choix de suivre le projet d’une PME, Vizille Capital Innovation utilise-t-elle des critères spécifiques ?
A.B. : nous avons un taux de sélectivité relativement fort. Sur environ 300 dossiers que nous recevons par année, Vizille Capital Innovation va en financer 5 ou 6. Mais là, il ne faut pas se tromper, la venture capital n’a pas vocation à financer la totalité des entreprises françaises. À mon sens, nous nous adressons à 1 % du paysage, voire 1 pour mille, parce que les sociétés susceptibles d’accueillir des investisseurs financiers tels que nous dans leurs capitaux ne sont pas pléthore.
Les critères sur lesquels nous investissons sont avant tout les hommes et l’équipe de management, le projet intervient a posteriori. Nous avons ensuite des critères plus techniques : il faut que la société réponde à des critères technologiques et qu’elle ait de vraies opportunités de croissance. Le projet bien sûr doit être viable à moyen terme c’est-à-dire qu’il rapporte de l’argent. Cela passe par des taux de rentabilité relativement élevés. C’est pourquoi nous ne nous adressons pas à 100 % du paysage des entreprises. Une fois ce constat effectué, je n’affirme pas que les autres entreprises soient de mauvais projets. Il y a tout un tas d’excellents projets de petites et micro entreprises mais ces dernières ne rentrent pas dans nos critères.
Concernant les PME développant des technologies vertes, les « clean Tech », suscitent-elles un intérêt particulier à vos yeux, et si oui quelles sont leurs singularités ?
A.B. : il est difficile de répondre à cette question. Comme je l’ai déjà évoqué, nous investissons avant tout sur des hommes. Le projet technologique doit avant tout être émis par une entreprise ou un centre de recherche leader dans son domaine. J’ajouterai même leader international. C’est un critère extrêmement important. Ensuite que l’équipe de direction soit la plus complète possible, qui couvre l’ensemble des compétences requises pour mener à bien une entreprise.
Est-ce que des mesures de fiscalités peuvent vous aider à choisir un projet plutôt qu’un autre comme les crédits d’impôt ?
A.B. : les mesures de fiscalités de types crédit d’impôt recherche ou statut de jeune entreprise innovante, sont extrêmement intéressants pour les sociétés que nous finançons. Cela leur permet de faire de l’effet de levier. En effet, cela permet d’avoir des charges en moins et par la même occasion des sources de financements supplémentaires qui se corrèlent à nos apports en fonds propres. Tout ce qui est amené par ce biais-là et autant d’apports en moins à amener en fonds propres. Ce sont des mesures très intéressantes et attractives et en ce sens là, les nouvelles mesures de crédit d’impôt recherche et de remboursement de crédit d’impôt recherche trouvent une utilité réelle dans le développement de notre économie. De la même manière, l’intervention d’organisme de types OSEO, comme OSEO Innovation qui est très présent dans nos projets.
Les démarches fiscales incitant les particuliers à investir dans les PME, PMI, vont-elles dans le sens des entrepreneurs comme du grand public ?
A.B. : oui et non… Je pense qu’attirer l’argent des particuliers vers les jeunes entreprises et quelques choses d’intéressant. En France, nous n’avons pas de fonds de pension et nous avons beaucoup d’épargne chez les particuliers. Les besoins des uns et des autres se rencontrent donc sous l’impulsion de la fiscalité. La mesure va donc dans le bon sens. Là où j’exprime un peu plus de doutes, c’est que parallèlement à cette attractivité fiscale, le fait de formater cette intervention sous la forme de fonds (FCPI, Fonds Communs de Placement dans l’Innovation) par le biais de la loi TEPA nous concurrence et fait « gonfler » la valeur réelle de l’entreprise. Il vaudrait mieux supprimer l’ISF.
Dans le contexte de crise que nous connaissons, les banquiers sont souvent montrés du doigt. Quel est votre sentiment à cet égard ?
A.B. : oui c’est extrêmement démagogique et extrêmement désagréable, que pour décrire un contexte, des exagérations soient utilisées. Je pense que nous sommes tous responsables, y compris les politiques qui aujourd’hui nous clouent au pilori. On veut faire des exemples, on recherche des boucs émissaires et tout cela sans aucun fondement lié à la réalité économique.
Pour donner un exemple, nous avons des outils qui existent — les stocks options —, qui ne sont pas en soi des mauvais outils. Ils sont tout simplement mal utilisés, ce qui conduit à des abus. Pour 90 % des cas, ce sont d’excellents outils qui répondent aux besoins d’intéressement des salariés. Ils permettent de contourner une fiscalité sur les salaires qui est extrêmement lourde et d’obtenir, in fine, une meilleure répartition de la richesse produite. L’utilisation inappropriée qu’en ont faite certains ne mérite pas que l’on remette en cause un système qui trouvait son utilité.
À mon niveau, à la Banque de Vizille, je considère que nous avons toujours travaillé de façon éthique. Nous n’allons pas faire une charte parce que d’un coup, quelqu’un qui nous désigne comme responsable. Nous avons toujours travaillé de façon éthique et nous n’allons pas changer aujourd’hui. Ça n’est pas parce qu’un politique va nous dire « vous faites cela » que nous allons le faire. Nous allons continuer à travailler comme nous le faisions auparavant parce que nous estimons que c’est la bonne méthode de travail.
Merci Monsieur Benisty d’avoir répondu à nos questions.
A.B. : Merci à l’équipe Projet Durable de m’avoir donné la parole.
Tags: Environnement, Interview, merArticles relatifs: