
La coopérative Scopika
Joël Mossand, gérant de la SCOP Scopika (création de site internet), nous fait partager son enthousiasme pour le statut juridique de coopérative pour l’entreprise. Nous verrons à travers son interview que ce statut serait une réponse aux critiques sociales qui sont actuellement faites sur le style de gouvernance de certaines entreprises (bonus, communication désastreuse, répartition des richesses, etc.). Nous verrons aussi comment impacte, au quotidien, l’implication des associés dans la gestion d’une SCOP.
Pouvez-vous nous présenter votre entreprise ?
Scopika est une agence de création de sites internet issue de la scission d’une ancienne agence de communication qui s’appelait amplitude. Quand il a fallu remonter une structure à suite de la scission, nous avons choisi de monter une société coopérative de production. Cela est arrivé un peu par miracle, parce que l’on ne connaissait pas le statut de SCOP et heureusement quelqu’un nous a dit que par rapport à notre profil, le statut de SCOP semblait parfaitement correspondre.
Pouvez-vous nous parler du modèle coopératif ?
Le modèle coopératif est une sorte de SARL avec des statuts un peu particuliers qui permettent à chaque salarié de devenir associé. Être associé signifie d’une part de profiter des bénéfices s’il y en a, et d’autre part, de participer aux grandes décisions de l’entreprise. Le gérant est élu, tout en restant salarié, ce qui lui donne droit aux ASSEDIC. Pour un créateur d’entreprise, ayant par exemple des enfants, cela offre une certaine sécurité.
Le gros avantage est donc que, chaque salarié se comporte en micro-entrepreneur et a conscience des objectifs de business et de rentabilité de l’entreprise. Du coup, tout le monde regarde un petit peu dans le même sens et cela devient beaucoup moins individualiste que dans une entreprise classique, que ce soit pour les patrons ou pour les salariées. Cela ne veut pas non plus dire que toutes les entreprises classiques sont sur le modèle du « patron paternaliste » ou du « patron autoritaire », mais il y a beaucoup de patrons qui, de par leurs objectifs, pourraient créer des SCOP, mais qui ne connaissent pas ce statut. Et il y a d’ailleurs beaucoup d’entreprises qui fonctionnent un peu comme des SCOP, mais avec des bidouillages, des avantages, des stocks options et tout un tas de barbouillages autour pour essayer de donner un peu la main aux salariés.
En tant que gérant, cela n’est-il pas gênant d’avoir des décisions qui doivent avoir l’approbation des salariés-associés ?
Non, car c’est un bon remède à la solitude du gérant par rapport aux grandes décisions et au stress qu’elles peuvent engendrer. Quand on fait une bêtise et que l’on fait par exemple couler une boite, il faut pouvoir assumer de mettre au chômage un certain nombre de personnes et de tuer son bébé à soi. Là, c’est un bébé collectif et l’on peut tester ses décisions auprès des salariés qui ont eux aussi une vision du marché, qui peut être très différente de celle purement marketing. L’intérêt c’est que l’on va avoir différents types de gens dans les SCOP : des anciens techniciens qui sont devenus gérants parce qu’ils ont été élus ou des gens issus du marketing, de la gestion, etc. Les grandes décisions sont donc prises en fonction de l’avis de tout le monde.
Pour avoir des décisions efficaces, le système de SCOP nécessite aussi de former les salariés. Dans les SCOP, le niveau global de formation des salariés en gestion d’entreprise est plus élevé que dans les entreprises classiques. Et cela, parce que c’est une nécessité ! Qui dit prendre des décisions dit avoir la bonne information et savoir l’analyser. C’est exactement comme en démocratie avec les élections, pour élire les bonnes personnes il faut un minimum être au courant.
Dans les faits, comment s’organise la vie d’une SCOP ?
Chaque coopérative s’organise comme elle le veut. Mix & Mouse, qui est une coopérative comme nous, prend au quotidien chaque décision avec l’ensemble des salariés. Pour les petites structures, c’est facile à faire ; c’est comme dans un groupe d’étudiants qui travaille sur un projet, il n’y a pas vraiment de hiérarchie ou de chose comme ça.
Après, dans les grosses coopératives comme Chèque Déjeuner, toutes les décisions mineures n’ont pas besoin d’être votées. Il y a là un comité de direction comme dans une entreprise classique, à la différence près que chaque année il y a des élections qui définiront les axes stratégiques de l’entreprise. Finalement, c’est exactement pareil qu’une élection municipale ou comme dans les mutuelles qui votent pour savoir si l’on augmente les cotisations annuelles ou pas. De même, la répartition des bénéfices est soumise au vote des associés-salariés et la responsabilité de chacun est donc engagée.
Ce statut implique beaucoup de choses, notamment au niveau du recrutement. C’est-à-dire que vous ne recrutez pas un salarié, mais un associé potentiel. Comme gérez-vous les recrutements ?
Quand on embauche un salarié dans une SCOP, celui-ci n’est pas obligé d’être associé tout de suite, et peut donc être un salarié classique. Après, il va aussi y avoir des salariés qui n’ont pas envie de devenir associés, car ils n’ont pas envie de s’impliquer plus que ça dans la vie de la SCOP, car qui dit s’impliquer dit aussi que les notions de 35 heures ne sont pas assurées : après sa vie de salarié, on a aussi une vie d’associé et des responsabilités pour faire fonctionner l’entreprise.
J’ai fait une formation de gestion à l’union régionale des SCOP avec des routiers qui étaient dans leur ancienne vie des salariés, et qui sont aujourd’hui passés associés. Ce qui est vraiment intéressant c’est qu’ils savent maintenant que quand ils crèvent un pneu contre un trottoir, que cela coûte 600€ à l’entreprise. Du coup, ils prennent vraiment conscience du coût des choses. Ils savent aussi que quand on roule plus vite c’est autant de bénéfice que l’on aura en moins en fin de mois. Cette conscience est vraiment importante, mais dans cette SCOP, tous les camionneurs n’ont pas eu envie d’être associés.
Après il faut savoir que certaines SCOP laissent la liberté au salarié d’être associé et d’autres rendent obligatoire au bout d’un an le statut d’associé. Sinon, la SCOP considère que la personne n’est pas vraiment intéressée par l’entreprise, et donc qu’elle n’a rien à faire là et c’est l’un des seuls cas français ou le fait de ne pas vouloir devenir associé vaut démission. C’est une logique complètement inversée où l’on ne peut pas, ne pas être associé. Mais dans notre SCOP nous laissons cette liberté au salarié.
Est-ce que l’une des forces des SCOP est que l’entreprise donne du sens au travail que fournit chaque associé ?
Dans l’entreprise, nous n’avons pas à faire ce qu’on appellerait un « service qualité »,avec tout un tas de documents pédagogiques à éditer. Nous n’avons pas non plus besoin d’expliquer pourquoi on ne peut pas payer plus les gens ou pourquoi il faut investir dans telle machine pour rester compétitif, et cela, sans subir des négociations difficiles entre patrons et syndicats. Ici, dans la génétique même des SCOP, chaque salarié tend à être un peu le patron de la boite et a cette image de l’entreprise qui fait que l’on va aller vers des choix rationnels intégrant les intérêts de l’entreprise et collectifs. D’ailleurs, dans une SCOP, on ne peut pas fonctionner en pensant « individu », sinon cela ne peut pas marcher.
Quelles sont les limites de ce statut pour un créateur d’entreprise ?
La grosse limite pour un créateur d’entreprise est que la SCOP n’a pas de vocation patrimoniale, ce qui exclut donc la logique de la revente au bout d’un certain temps. En effet, l’entreprise n’appartient pas au créateur, mais à tous les salariés de façon collective. La limite dépend donc de l’objectif du créateur :
- Si le créateur essai de faire un bon coup patrimonial, ce n’est pas vers une SCOP qu’il faut se tourner.
- Si le créateur a une logique développement durable et d’épanouissement personnel, la SCOP est sûrement plus adaptée que les formes classiques d’entreprises.
Le seul problème, c’est que ce statut n’est pas connu, et beaucoup de salariés auraient pu reprendre leur propre entreprise en cas de difficulté par exemple. Heureusement, nous avons pu voir certaines entreprises se relever suite à un passage en SCOP parce que chaque salarié s’est remis au travail tout en étant acteur de l’entreprise, excluant de fait les conflits.
Pour faire simple, le statut de SCOP c’est établir une responsabilité commune de l’entreprise ?
C’est ça, et c’est aussi partager le gâteau parce que contrairement à des associations, cela reste une entreprise, et l’objectif reste de faire des bénéfices, mais au profit collectif.
Être une SCOP en période de crise est pour vous un avantage ?
Au niveau de notre business, non, parce que sur le secteur du web nous profitons du transfert des éléments papier assez chers vers le web pour un prix relativement moins cher. Mais dans notre entourage, on voit des SCOP qui souffrent moins que d’autres entreprises classiques tout simplement parce qu’en cas de difficulté, la décision par exemple de baisser le salaire de tout le monde ne vient pas du grand patron, mais d’un choix collectif. Au jour le jour, les salariés associés ont accès à toutes les informations stratégiques de l’entreprise et du coup, ils vont même prendre en main la décision en choisissant de baisser leurs salaires momentanément pour sauver leur entreprise.
Est-ce que la limite n’est pas le nombre de salariés ?
La plus grande Scop de France, Acôme, emploie 1 205 salariés, et en Espagne le Groupe coopératif Mondragon – qui comporte 120 coopératives – emploie plus de 70 000 salariés!
Après, il faut savoir que le statut coopératif existe depuis plus de 150 ans, c’est-à-dire qu’il est plus vieux que le statut de SARL. La grosse différence par rapport à avant c’est qu’elle ne concerne plus seulement les coopératives agricoles, mais tout type d’entreprise.
Liens utiles :
- Réseau régional (Auvergne) d’appui à la création d’entreprise en coopérative :
- Réseau national d’appui à la création d’entreprise en coopérative
- L’entreprise Scopika
Tags: développement durable, Interview, mer
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2 commentaires
je souhaiterai avoir un modèle de statut de sarl scop merci d’avance
Neat article, many thanks for that. Might I ask the website owner where he or she bought his layout? Or does it come default at this weblog? Keep it up and many thanks once more for your time and efforts.